Les statistiques, c’est fun et utile.
Dernièrement, je me suis amusé à croiser les statistiques de l’INSEE au niveau communal et IRIS, avec les statistiques locales de la criminalité (SSMSI).
A première vue, quand on croise ce taux de criminalité avec le taux local d’étrangers, on voit une corrélation de 22%. On pourrait en conclure que les étrangers causent davantages de problèmes que les français ?
Sauf que d’autres variables socio économiques rentrent en jeu (densité, taux de chômage, taux d’inégalités, etc.). Elles expliquent à la fois la criminalité et le taux d’étrangers. Une fois corrigé de ces biais, il n’y a plus de lien statistique entre le taux d’étrangers dans une commune et la criminalité :

Le graphe à gauche représente les données brutes; celui à droite les données une fois corrigé les biais socio-économiques. À droite, on ne note plus aucune corrélation.
En clair, pour deux communes avec des caractéristiques socio-économiques similaires, le taux d’étrangers n’a aucun impact sur le taux de criminalité.
Quelques exemples de terrain
Les statistiques c’est chouette, mais parfois un peu trop abstrait. Pour rendre la chose plus concrète, je liste ci-dessous trois exemples de communes jumelles qui illustrent les résultats au dessus.

Criminalité similaire élevée, taux d’étrangers différents
Gonfreville-l’Orcher et Les Mureaux se tiennent à 2,2 point de criminalité (48,2 ‰ contre 46,1 ‰) — un niveau élevé. Pourtant Gonfreville-l’Orcher n’a que 1,4 % d’étrangers, contre 27,0 % pour Les Mureaux. Même « photo » socio-économique, même délinquance : ce n’est pas la part d’étrangers qui fait la différence ici.
- Écart de criminalité : 2,2 ‰
- Écart de % d’étrangers : 25,6 points
| Gonfreville-l’Orcher | Les Mureaux | |
|---|---|---|
| Criminalité | 48,2 ‰ | 46,1 ‰ |
| % étrangers | 1,4 % | 27,0 % |
| Population | 9 036 | 33 543 |
| Densité | 2 526 hab./km² | 5 300 hab./km² |
| % urbain | 100,0 % | 100,0 % |
| % chômage | 3,7 % | 4,6 % |
| Taux d’inégalités | 2,5 | 2,9 |
Criminalité similaire basse, taux d’étrangers différents
Retournac et Eauze sont deux petites villes au calme (17,6 ‰ et 17,5 ‰), densités quasi identiques. L’une a 1,3 % d’étrangers, l’autre 14,1 %. La criminalité, elle, ne bouge pas. Un village peu cosmopolite n’est pas mécaniquement plus sûr qu’un village plus mixte, quand le reste du profil se ressemble.
- Écart de criminalité : 0,1 ‰
- Écart de % d’étrangers : 12,9 points
| Retournac | Eauze | |
|---|---|---|
| Criminalité | 17,6 ‰ | 17,5 ‰ |
| % étrangers | 1,3 % | 14,1 % |
| Population | 2 986 | 3 998 |
| Densité | 65 hab./km² | 57 hab./km² |
| % urbain | 0,0 % | 0,0 % |
| % chômage | 3,2 % | 3,4 % |
| Taux d’inégalités | 2,7 | 3,0 |
Taux d’étrangers similaires, criminalités différentes
Crégy-lès-Meaux et Marmande ont presque le même % d’étrangers (7,8 % et 8,6 %). La criminalité, elle, n’a rien à voir : 18,9 ‰ contre 77,1 ‰ (environ ×4,1). Ce qui change, c’est le contexte : % urbain (0 % vs 100 %), chômage, inégalités, densité. L’origine est la même ; le terreau social ne l’est pas.
- Écart de criminalité : 58,2 ‰
- Écart de % d’étrangers : 0,8 points
| Crégy-lès-Meaux | Marmande | |
|---|---|---|
| Criminalité | 18,9 ‰ | 77,1 ‰ |
| % étrangers | 7,8 % | 8,6 % |
| Population | 5 288 | 17 265 |
| Densité | 1 433 hab./km² | 1 792 hab./km² |
| % urbain | 0,0 % | 100,0 % |
| % chômage | 3,1 % | 3,1 % |
| Taux d’inégalités | 2,7 | 3,1 |
Étude détaillée
Vous trouverez toutes les données et la méthodologie dans l’étude détaillée

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